Le Mont-Saint-Michel au cinéma : toujours lui-même
Certains lieux savent tout jouer. Le Mont-Saint-Michel, lui, ne joue qu’un rôle : le sien. De la caméra Pathé en 1907 à la science-fiction d’aujourd’hui, voici trois images du Mont-Saint-Michel, un monument que le cinéma ne parvient jamais à déguiser.
Le Mont-Saint-Michel, un décor de cinéma impossible à déguiser
À Séville, la Plaza de España a tout joué. Dans Lawrence d’Arabie (1962), elle devient un quartier général britannique au Caire. Star Wars : L’Attaque des clones (2002) la change en palais de Naboo. Et dans The Dictator (2012), elle accueille le cortège du dictateur d’un pays imaginaire. Son architecture se prête ainsi à tous les décors, futuristes comme orientaux.
Le Mont-Saint-Michel, lui, sera toujours le Mont. Sa silhouette est trop connue pour servir de doublure à un autre lieu. C’est pourquoi, depuis 119 ans, le cinéma le filme pour ce qu’il est. Et c’est précisément ce qui en fait une destination de cinéma à part.
1907 : la caméra Pathé et la baie qui piège

Tout commence avec Pathé frères. En 1907, Albert Capellani tourne L’Enlisé du Mont-Saint-Michel, premier film tourné au Mont. Ce court métrage muet d’environ six minutes, sorti en 1908, suit un mendiant parti chercher un médecin. Il s’égare dans la baie, puis disparaît dans les sables mouvants.
Le film se déroule entièrement au Mont et dans la baie. Surtout, il fonde un motif que le cinéma reprendra pendant un siècle : la baie qui tue, avec ses marées et ses sables mouvants. Aujourd’hui encore, c’est donc un récit idéal pour les guides de traversée de la baie.
2012 : Terrence Malick et « la Merveille »

Plus d’un siècle plus tard, Terrence Malick y filme un amour naissant. Dans À la merveille, présenté à la Mostra de Venise en 2012, Ben Affleck et Olga Kurylenko arrivent au Mont dès les premières minutes. Le couple marche d’abord sur les grèves à marée montante, puis gravit l’abbaye. C’est le sommet de leur idylle, avant les boues de l’Oklahoma.
Le Mont revient d’ailleurs dans la dernière image du film. Le titre lui-même vient de son surnom, « la Merveille », qui désigne au sens strict l’ensemble gothique du XIIIe siècle. Pour un guide, c’est donc une accroche toute trouvée.
2023 : la science-fiction s’empare du rocher


Avec The Walking Dead: Daryl Dixon, le Mont entre dans la science-fiction. Dans cette série post-apocalyptique d’AMC, tournée sur place en 2023, Norman Reedus découvre « le Nid ». C’est le refuge de l’Union de l’Espoir, où l’on protège un enfant, Laurent. Les remparts, les ruelles et la baie deviennent alors la dernière forteresse d’un monde en ruine.
La saison 2, diffusée en 2024, met même en scène l’assaut du Mont. Pourtant, le Mont n’y joue toujours pas un autre lieu : il reste lui-même, transfiguré par la fiction. Le repéreur de la série l’a d’ailleurs résumé ainsi : « Mont-Saint-Michel was really the only place we could use for The Nest. »
Le Mont-Saint-Michel, modèle du cinéma : avoué… ou supposé

Si le Mont refuse les doublures, il inspire volontiers. Selon Disney, le royaume de Corona de Raiponce (2010) s’en inspire. Les Imagineers le citent aussi parmi les inspirations du château de la Belle au bois dormant, à Disneyland Paris. D’autres filiations relèvent en revanche de la rumeur : la Minas Tirith du Seigneur des anneaux lui ressemble étrangement, mais aucune source ne le confirme.
C’est tout l’intérêt d’une médiation par le cinéma : distinguer ce qui a été tourné ici, ce qui s’en inspire et ce qui relève du simple déjà-vu.
Au Mont-Saint-Michel, le cinéma n’invente pas un autre lieu : il apprend à regarder celui-ci.


